NFB Journal Nutrition Le fer et la santé

Le Fer et la santé:

Rôle biologique, métabolisme, diagnostic et stratégies micronutritionnelles

Introduction

Le fer est un oligo-élément essentiel, indispensable à la vie. Il intervient dans le transport de l’oxygène, la production d’énergie cellulaire, la fonction immunitaire, la neurotransmission et la régulation du métabolisme.
Une carence en fer est l’une des déficiences nutritionnelles les plus fréquentes dans le monde, touchant particulièrement les femmes, les enfants, les sportifs et les personnes âgées. À l’inverse, un excès de fer peut être délétère, soulignant l’importance d’une approche diagnostique précise et individualisée.

 

Métabolisme du fer : bases physiologiques

 

Répartition du fer dans l’organisme

Chez l’adulte, l’organisme contient environ 3 à 4 g de fer, répartis comme suit :

  • Hémoglobine (≈ 65 %)
  • Myoglobine (≈ 10 %)
  • Enzymes mitochondriales et protéines hémiques
  • Réserves (ferritine et hémosidérine), principalement dans le foie, la rate et la moelle osseuse

Le fer libre étant potentiellement toxique (stress oxydatif), il est strictement lié à des protéines de transport et de stockage.

Absorption intestinale

L’absorption du fer se fait principalement dans le duodénum et le jéjunum proximal.

Deux formes alimentaires existent :

  • Fer héminique (origine animale) : absorption élevée (15–30 %)
  • Fer non héminique (origine végétale) : absorption plus faible (2–10 %)

L’absorption est régulée par :

  • La ferritine intestinale
  • La ferroportine
  • L’hepcidine, hormone clé produite par le foie

👉 Une augmentation de l’hepcidine (inflammation chronique, infection, surcharge martiale) bloque l’absorption et la libération du fer.

Transport et stockage

  • Transferrine : transporte le fer dans le plasma
  • Ferritine : reflet des réserves
  • Hémosidérine : stockage à long terme

 

Rôles biologiques majeurs du fer

 

Transport de l’oxygène

Le fer est un constituant central de l’hémoglobine et de la myoglobine. Une carence entraîne une hypoxie tissulaire responsable de fatigue, dyspnée et baisse des performances.

Production d’énergie mitochondriale

Le fer intervient dans :

  • La chaîne respiratoire mitochondriale
  • Les cytochromes
  • Les enzymes du cycle de Krebs

👉 Une carence martiale peut provoquer une fatigue chronique même sans anémie.

Système immunitaire

  • Prolifération lymphocytaire
  • Fonction des macrophages
  • Réponse antimicrobienne

Un déficit augmente la susceptibilité aux infections, tandis qu’un excès peut favoriser certaines infections bactériennes.

Système nerveux et cognition

Le fer est impliqué dans :

  • La synthèse de la dopamine, noradrénaline et sérotonine
  • La myélinisation
  • La concentration et la mémoire

Carence possible : troubles cognitifs, irritabilité, syndrome des jambes sans repos.

Santé cardiovasculaire

Une carence peut provoquer :

  • Tachycardie
  • Palpitations
  • Arythmies
  • Intolérance à l’effort

 

Sources alimentaires de fer

 

Sources animales (fer héminique)

  • Foie
  • Viandes rouges
  • Boudin noir
  • Poissons et fruits de mer

 

Sources végétales (fer non héminique)

  • Légumineuses
  • Légumes verts
  • Graines (courge, sésame)
  • Cacao, spiruline

👉 La vitamine C améliore fortement l’absorption du fer non héminique.
👉 Les phytates, tanins, calcium et café/thé la réduisent.

Diagnostic biologique du statut en fer

 

Bilan martial recommandé

  • Ferritine sérique (marqueur des réserves)
  • Fer sérique
  • Transferrine
  • Coefficient de saturation de la transferrine (CST)
  • CRP (pour interprétation inflammatoire)

👉 Une ferritine basse est spécifique de carence.
👉 Une ferritine « normale » peut masquer une carence en contexte inflammatoire.

Quand doser le fer ?

  • Fatigue inexpliquée
  • Chute de cheveux
  • Troubles cardiaques
  • Troubles cognitifs
  • Sport intensif
  • Grossesse
  • Ménopause ou règles abondantes
  • SOPK, hypothyroïdie, troubles digestifs

 

Indications à la supplémentation en fer

  • Carence martiale avérée
  • Anémie ferriprive
  • Déplétion fonctionnelle (ferritine basse sans anémie)
  • Sportifs d’endurance
  • Femmes en âge de procréer
  • Grossesse (selon bilan)
  • Malabsorption intestinale

 

Modes d’administration du fer

Fer oral

Formes courantes :

  • Bisglycinate de fer (meilleure tolérance)
  • Fumarate, sulfate, gluconate
  • Fer liposomal

👉 Prendre à distance du calcium et des repas inhibiteurs.

Fer intraveineux

Indications :

  • Malabsorption
  • Intolérance digestive
  • Anémie sévère
  • Besoin rapide de correction

 

Dernières avancées scientifiques

  • Meilleure compréhension du rôle central de l’hepcidine
  • Approche fonctionnelle : carence en fer sans anémie
  • Interactions fer–microbiote intestinal
  • Liens entre fer, inflammation chronique et maladies métaboliques
  • Individualisation des apports pour limiter le stress oxydatif

 

Approche micronutritionnelle globale

La correction du statut en fer doit intégrer :

  • Vitamines B (B6, B9, B12)
  • Cuivre (mobilisation du fer)
  • Vitamine A
  • Protéines
  • Santé digestive et microbiote

👉 La supplémentation isolée sans stratégie globale est souvent insuffisante.

Conclusion

Le fer est un micronutriment clé de la vitalité, de l’immunité et de la performance physique et mentale. Une évaluation biologique rigoureuse et une approche micronutritionnelle personnalisée permettent d’optimiser son statut tout en évitant les risques liés au surdosage. La médecine moderne évolue vers une prise en charge plus fine du métabolisme du fer, au cœur de la santé globale.

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